Au Maroc, l'inventaire n'est pas une bonne habitude de gestion : c'est une obligation. L'article 145-II du Code général des impôts impose d'établir, « à la fin de chaque exercice comptable, des inventaires détaillés, en quantités et en valeurs », des marchandises, des produits divers, des emballages et des matières consommables achetés pour la revente ou pour les besoins de l'exploitation.
La suite détaille ce que le texte exige exactement, les quatre familles à compter — dont une que presque tout le monde oublie —, les trois façons d'organiser le comptage, les étapes d'un inventaire de magasin, et ce qu'un écart vous apprend sur votre commerce.
Ce que la loi demande, mot pour mot
La phrase est courte et chacun de ses morceaux compte. Trois exigences s'y cachent :
- « à la fin de chaque exercice comptable » — c'est un rendez-vous annuel, pas un contrôle qu'on fait quand on a le temps.
- « détaillés » — un total global ne suffit pas. L'inventaire descend à la référence.
- « en quantités et en valeurs » — deux colonnes, pas une. Compter les articles sans les valoriser ne répond qu'à la moitié de l'obligation.
S'y ajoute le cadre général posé par l'article 145-I : la comptabilité doit être tenue conformément à la législation en vigueur, et désormais « sous format électronique ». L'inventaire n'est pas un document isolé : c'est une pièce de cette comptabilité.
Les quatre familles à inventorier
Le texte énumère quatre catégories, et la liste est plus large que ce qu'on entend d'ordinaire par « stock » :
- Les marchandises — ce que vous achetez pour revendre en l'état. C'est la partie à laquelle tout le monde pense.
- Les produits divers — tout ce qui ne rentre pas proprement dans la ligne principale : fins de série, articles saisonniers rangés à part, lots repris.
- Les emballages — la famille oubliée, et parfois la plus coûteuse chez un grossiste : caisses, palettes, bouteilles et casiers consignés, cartons achetés en volume.
- Les matières consommables — ce qui est acheté « pour les besoins de l'exploitation » : film étirable, étiquettes, produits d'entretien, pièces d'usure.
Pour un dépôt de grossiste, les emballages consignés peuvent représenter une somme comparable à une catégorie de marchandises. Les laisser hors de l'inventaire, c'est annoncer un patrimoine faux dans les deux sens : l'actif manque, et les consignes dues aux clients aussi.
Trois façons d'organiser le comptage
L'obligation porte sur le résultat, pas sur la méthode. Trois organisations coexistent, et elles ne s'opposent pas :
- L'inventaire intermittent — on compte tout, une fois, à la clôture. C'est le plus simple à décider et le plus lourd à vivre : il faut souvent fermer, et l'erreur découverte ce jour-là a eu toute l'année pour grandir.
- L'inventaire permanent — le stock théorique est tenu à jour en continu, chaque entrée et chaque sortie étant enregistrée. L'inventaire physique sert alors à vérifier ce que le système affiche, pas à le découvrir.
- L'inventaire tournant — on compte une partie du stock chaque semaine ou chaque mois, par zone ou par famille, de sorte que tout ait été vu au moins une fois dans l'année.
Attention à ne pas confondre méthode de travail et obligation : le tournant prépare l'inventaire de fin d'exercice, il ne le remplace pas. Le texte demande un inventaire à la clôture, et le mérite du comptage tournant est précisément que ce jour-là il ne reste presque rien à corriger.
Les étapes d'un inventaire de magasin
La difficulté d'un inventaire n'est jamais de compter : c'est d'empêcher le stock de bouger pendant qu'on compte. L'ordre ci-dessous existe pour ça.
- Ranger avant de compter. Regrouper les références éparpillées, sortir les invendables, dégager les allées. Une heure de rangement fait gagner trois heures de comptage et évite la moitié des doubles comptes.
- Figer les mouvements. Choisir un moment où rien n'entre ni ne sort — fermeture, avant l'ouverture, après la dernière livraison. S'il faut absolument livrer, isoler physiquement ce qui est déjà vendu et ne pas le compter.
- Découper en zones. Une zone, une personne, une liste. C'est ce qui garantit qu'aucune étagère n'est comptée deux fois ni oubliée.
- Compter dans l'unité de gestion. Le point qui fait le plus de dégâts : décider si l'on compte en cartons ou à l'unité, et s'y tenir. Voir l'article sur le stock en carton et à l'unité.
- Noter ce que l'on voit, pas ce que l'on attend. Celui qui compte ne doit idéalement pas avoir le stock théorique sous les yeux : connaître le chiffre attendu est le meilleur moyen de le retrouver.
- Recompter les écarts importants. Avant de conclure à une perte, vérifier une seconde fois, par quelqu'un d'autre si possible.
- Valoriser et figer. Reporter les quantités, appliquer les valeurs, puis clôturer : à partir de là, l'inventaire devient le nouveau point de départ du stock théorique.
Ce qu'un écart veut dire
Un écart n'est pas un échec de l'inventaire : c'est son résultat. Ce qui compte est de ne pas s'arrêter au chiffre et de se demander d'où il vient. Les causes sont presque toujours dans cette liste :
- Une erreur de saisie à la réception — la quantité livrée n'était pas celle du bon, et personne n'a comparé.
- Une sortie non enregistrée — un prélèvement pour usage interne, un échange, un geste commercial fait de mémoire.
- Une unité mal convertie — un carton saisi comme une unité, ou l'inverse. Cet écart-là est toujours un multiple exact du conditionnement, ce qui permet de le reconnaître au premier coup d'œil.
- De la casse ou de la péremption non constatée.
- Du vol — la cause la plus citée, rarement la plus fréquente.
L'écart a aussi un effet direct sur vos chiffres : le stock final entre dans le calcul du coût d'achat des marchandises vendues, donc dans votre marge commerciale. Un inventaire approximatif produit une marge approximative, et la décision qui s'appuie dessus l'est aussi.
La valeur : ce que la loi dit et ne dit pas
Le texte exige que l'inventaire soit établi « en quantités et en valeurs ». Il faut donc attribuer une valeur à chaque ligne, et cette valeur n'est pas le prix de vente : c'est ce que le stock vous a coûté.
En revanche, la méthode de valorisation — coût moyen pondéré, premier entré premier sorti — ne relève pas de ce texte mais des règles comptables. C'est la question à poser à votre comptable, avec celle du traitement des écarts constatés. Ce qui ne change pas, quelle que soit la réponse : la méthode retenue doit rester la même d'un exercice à l'autre, faute de quoi les comparaisons d'une année sur l'autre ne veulent plus rien dire.
Questions fréquentes
L'inventaire est-il obligatoire au Maroc ? Oui. L'article 145-II du Code général des impôts impose des inventaires détaillés, en quantités et en valeurs, à la fin de chaque exercice comptable. L'article 145-XI en écarte l'application pour les personnes physiques au régime de la contribution professionnelle unique ou de l'auto-entrepreneur.
Quelles sont les étapes d'un inventaire ? Ranger, figer les mouvements, découper en zones, compter dans l'unité de gestion choisie, noter ce que l'on voit, recompter les écarts importants, puis valoriser et clôturer.
Quelle est la différence entre inventaire permanent et intermittent ? L'inventaire permanent tient le stock théorique à jour en continu ; l'inventaire physique vient le vérifier. L'inventaire intermittent ne compte qu'une fois, à la clôture, et découvre l'état réel ce jour-là.
L'inventaire tournant dispense-t-il de l'inventaire annuel ? Non. Le texte demande un inventaire à la fin de chaque exercice comptable. Le comptage tournant est une méthode de travail qui prépare cette échéance et réduit les écarts à corriger.
Faut-il compter les emballages ? Oui, le texte les cite expressément, au même titre que les marchandises, les produits divers et les matières consommables. C'est la catégorie la plus souvent oubliée, et chez un grossiste elle pèse lourd.




